Récits Historiques

  

Toutes  les images, les textes et les récits sont protégés par copyright. La reproduction et l’exploitation de ces données sont strictement interdites sans accord écrit au préalable de l’administratrice du site . Mademoiselle Sarda Carine (4 bis porte d’amont 09600 Laroque d’Olmes)

               

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   « Heureux qui comme Ulysse… » Joachim du Bellay       

 

Il est parfois douloureux de s’arracher à certains égocentrismes politiques qui ignorent et minimisent le travail accompli par « la feu commission extra-municipale du Patrimoine. »

Attachés à notre ville, d’un naturel curieux, nous voulons comprendre, connaître les évolutions. Nous avons soif de raconter, de faire partager, de transmettre…

Des liens chaleureux et féconds se sont tissés au sein de notre « Collectif. » Plus que jamais motivés, nous poursuivons  notre odyssée  comme nous le pouvons, sans véritable port d’attache, ballottés  par les circonstances, attendant  des vents meilleurs, c’est-à-dire un  minimum de reconnaissance et de considération pour notre embarcation.

La contrainte étant créatrice, nous voici sur la toile pour nous ouvrir sur le grand large.                                                                                                             

Fernand Boulbès avait souhaité laissé parler les évènements au jour le jour pour ne pas trahir l’histoire. Il semble aujourd’hui utile de remettre un coup de  projecteur  sur les faits majeurs qui ont tissé notre riche passé en ajoutant  un peu de didactique dans la façon  de les appréhender pour qu’ils soient recevables par le plus grand nombre.

En espérant que vous prendrez plaisir à découvrir ces moments mémorables dont la parution s’échelonnera forcément dans le temps.                                                            

                                                                           Henri Aussaguès.

                                                                                                                                

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1 La première église de Laroque : une église usurpée ?

 

La première église de Laroque d’Olmes est l’église de Saint-Martin de Cirzas, sise dans l’enceinte du cimetière actuel.

Il en resterait à gauche de l’entrée actuelle un ancien mur où l’on peut voir encastré un sarcophage.

Les seuls textes que nous avons à son sujet font mention d’une église usurpée. Une église usurpée?

Après la désagrégation de l’Empire carolingien, en ces temps où la force primait sur le droit, l’accaparement par les laïcs des biens ecclésiastiques était monnaie courante.

 Les seigneurs nommaient eux-mêmes prêtres et évêques ou exerçaient de fortes pressions pour imposer leurs candidats. D’où le relâchement des mœurs et les deux grands maux du temps : la simonie (trafic et vente des sacrements, des dignités et des objets ecclésiastiques) et le nicolaïsme (dépravation des mœurs du clergé se manifestant notamment par le refus du célibat.)

Dans les paroisses, quelques héritiers en ligne directe des fondateurs se disaient propriétaires. Ils étaient souvent plusieurs pour un même bien. Ces « patrons » recevaient des dîmes et autres droits ecclésiastiques auxquels ils n’auraient jamais dû pouvoir prétendre, leur rôle étant avant tout la protection , la surveillance et la bonne gestion du temporel ainsi que le choix du desservant. La distinction entre biens propres et biens à protéger n’était pas respectée.

Par la réforme grégorienne, à laquelle le pape Grégoire VII (1073-1085)  a laissé son nom et qui s’étend en réalité sur plus de trois siècles, la papauté réagit violemment, interdisant aux ecclésiastiques d’acquérir leurs charges par de l’argent ou pour de l’argent et aux laïques d’user des biens de l’église.

En juin 1110, lors du Concile de Toulouse, 61 églises furent frappées d’interdit par le cardinal Richard d’Albano. L’église de Dreuilhe, Sainte-Marie de Peyre-Pertuse et de La Roque, Saint-Martin de Cirzas faisaient partie de la liste.

Il faudra attendre, presque un an après l’interdit des autorités, c’est-à dire le 14 avril 1111, le 18 des calendes de Mai,  pour  que Pierre Guilhem et  l’un de ses fils  qui tenait les biens en question de la famille noble de Serre-Dorgue, lieu dit de Dreuilhe, commencent la restitution  en remettant à l’abbé de Saint- Sernin, l’église de Saint-Martin de Cirzas et son « honneur », c’est-à-dire le quart de la dîme et du droit de célébration,  ainsi que des maisons et jardins, terres et vignes dépendants, le tout tenu en leur nom par leur vassal Arnaud Jean. Cette donation comprenait en outre le « casal » de Raymond Peire (maison, jardins, terres et vignes) et la « terre de La Roque » tenue par Pons Pierre.

Il est bon de préciser qu’il s’agit d’une ferme surnommée ainsi, le château de La Roque existant par ailleurs à cette date.

En outre, pour la paix de son âme, Pierre Guilhem donna  au monastère son fils Benoît pour qu’il soit fait  chanoine.

Dix jours plus tard, Arnaud Joan, le vassal de Pierre Guilhem remit au représentant de Saint-Sernin sa part de dîmes usurpées dont une partie  relevait d’Arnaud Aton de Limbrassac et donna un fils pour en faire un chanoine.

Les autres parts des dîmes de Saint-Martin de Cirzas furent récupérées  par « le déguerpissement» en 1138, de Raimond de Bonantel, (autre lieu de Dreuilhe) faisant le don d’un fils et renonçant à sa part en échange de 60 deniers de Toulouse, en 1150, de Pierre de Serre Dorgue qui abandonna sa part de dîme héréditaire et enfin en 1151 du dénommé Ferran et de ses deux frères qui firent de même pour la seizième partie des dîmes.

Les « donnats » ou « oblats » étaient les termes fréquemment utilisés pour désigner ces enfants donnés aux monastères par leurs parents.

En 1107, Bernard de Dreuilhe offrit au monastère toulousain ses biens patrimoniaux sur l’église de Lieurac et son fils Arnaut mais tout ne se passa pas sans résistance…

La même année, le jeune Olivier de Bensa fut donné par son père à la même institution avec une dot constituée par « un honneur » dont le centre était Sainte-Marie de Peyre-Pertuse.

Le fils, qualifié de mauvais, refusa dans un premier temps l’autorité du monastère avant d’accepter finalement les termes de l’accord, 17 ans après, en 1124.

Quant à Bernard Peire, l’un des « patrons » Sainte-Marie de Peyre-Pertuse, il préféra s’emparer avec ses fils des livres, des vêtements liturgiques et du mobilier…  pour en tirer profit, avant de faire bien plus tard, à l’orée de sa mort, amende honorable, en 1125.

Les parents qui faisaient don de leurs biens évitaient  l’excommunication, se rapprochaient de la condition religieuse, s’élevaient dans la hiérarchie et casaient leurs cadets difficiles à doter.

Les grands bénéficiaires de ce mouvement furent les établissements réguliers comme Saint-Sernin, institutions qui avaient le temps pour elles et qui obtinrent par dons, achats ou contraintes morales, les droits perçus auparavant par des laïques.

Cette protection abbatiale favorisa à n’en pas douter le regroupement des hommes et le développement de vie urbaine de Laroque d’Olmes.

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             2  QUELLES SONT LES ORIGINES DU NOM LAROQUE D’OLMES ?

 

                       Laroque d’Olmes

 

    Sur son éperon rocheux adossé au Plantaurel,

     Cette cité altière,

     Fière des droits acquis, domine, temps éternel,

     La plaine nourricière.

   

     Son drapet, célèbre dans l’empire romain,

     Se réfère au textile,

     Tradition complice du Touyre son voisin

     Dont les eaux sont utiles.

 

     On l’avait baptisée Rupes Ulmésii,

     La roche plantée d’ormes,

     Elle s’identifiait à son vieux pays,

     L’Olmès ou Pays d’Olmes 

 

                                         Extrait d’un poème d’Henri Aussaguès

 

 En 987,  Hugues Capet, issu d’une puissante famille de ducs francs est élu roi. Ce sacre marque l’avènement des capétiens appelés à rester sur le trône pendant quatre siècles.

 

Le Pays d’Olmes est l’une des composantes du Comté de Toulouse.

 

 Le lundi 15 février 1137, une bulle du Pape Innocent III, mentionne quatre archidiaconés dans le chapitre Saint-Sernin de Toulouse : Lanta, le Vielmorès, le Savès et  l’Agarnaguès qui quelques ans plus tard va être absorbé par  l’Olmès

 Selon E. Laffont, le Pays de Mirepoix avec le Dunès (Dun), et la viguerie de Colia (Queille), était compris dans le Ministérium Agarnagensé (Garnac). 

 

Le cartulaire de Saint-Sernin sur lequel veillent jalousement les archives de la Haute-Garonne est une source historique de premier plan.

 

En voici un extrait : « Au sud de l’Agarnaguès, le pays d’Olmès, (Olmensé,) occupe l’espace entre le Douctouye et l’Hers vif dont il est l’affluent. C’est la région de Mirepoix, Laroque  et Lavelanet, adossée au Plantaurel. L’axe est la vallée du Touyre où le monastère de Saint- Sernin manifesta sa présence autour du premier quart du XIIe siècle. »

 

Quant au  nom de La Roque d’Olmes, il dériverait du latin Rupes Ulméséii qui signifie littéralement : « une contrée aux parois rocheuses dont l’orme est l’essence la plus répandue. »

Les archives de Léran font référence au vocable « Ulmi » (Olmes) pour désigner notre ville. On peut se contenter de noter que  Ulmi et Ulméséii ont quelques similitudes, puisque ces mots ont pour racine le mot olme ou orme.

« Ophiostoma ulmi : deux espèces de champignons pouvant provoquer la maladie hollandaise de l’orme.»

 

Quant à l’allusion au drapet du pays d’Olmes, l’érudit local, Arthur Caussou,  fait référence à l’équipée de l’empereur romain Caracalla qui organisa  vers Rome, en 213, un transport de drapet ayant pour origine  notre région, attestant la présence d’un artisanat textile très ancien.

NB/Pour la petite histoire, Jean–Claude Marquis qui a étudié les flammes postales pendant une période donnée, précise que l’on a orthographié:

-         de 1841 à 1851 : La Roque

-         et de 1845 à 1903 : Larroque.

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3 Le fractionnement de l’autorité publique

   Laroque tantôt sous la mouvance des comtes de Foix tantôt sous celle des comtes de Carcassonne, au gré des vicissitudes politiques.

 Le midi est théoriquement dominé par les comtes de Toulouse qui descendent de Frédelon  déjà en place à l’époque carolingienne et dans une moindre mesure d’une autre branche familiale, le comté de Carcassonne. Ce dernier va éclater en 1002  à la succession de Roger le Vieux pour donner naissance au comté de Foix.

Ces quelques comtes (comes) qui  ont capté le pouvoir  sur des domaines trop vastes doivent déléguer l’administration d’une partie de leurs territoires à une myriade de vassaux : vicomtes, viguiers, châtelains. Le jeu consiste, que ce soit par la diplomatie, la force, le mariage ou l’argent, à faire rentrer dans sa mouvance le plus grand nombre de « castra, » bourgades fortifiées ou de « fortia, » châteaux-forts.

Le partage des biens entre membres d’une même famille avec des dispositions attribuant à plusieurs personnes des droits sur le même bien ajoute à la confusion.

La première dynastie comtale de Carcassonne  comprend le Carcassès (Carcassonne) et le Razès (Rennes-le-Château) jusqu’au milieu du Xe siècle.

A ce moment, les deux comtes passent par mariage dans une nouvelle famille celle des Comminges-Couserans qui élargit leurs possessions en direction de Béziers et d’Agde.

Cet ensemble territorial s’accroît encore après la mort de Roger III en 1067, sa sœur Ermengarde épousant Raimond Bernard Trencavel déjà vicomte d’Albi et de Nîmes. C’est l’origine de la troisième dynastie des comtes de Carcassonne appelés désormais vicomtes.

La grande guerre méridionale

Par l’importance de leurs possessions territoriales, ces comtes et vicomtes de Carcassonne sont impliqués dans la grande guerre méridionale qui met aux prises du XIe au XIIIe siècle les deux plus grandes principautés territoriales du midi, Toulouse et Barcelone qui ont  toutes deux des vues sur la Provence. Ils poursuivirent un jeu de bascule fructueux mais dangereux entre leur seigneur naturel, le comte de Toulouse et leur seigneur contractuel, celui de Barcelone.

Lors de son testament, Roger 1er le Vieux, comte de Carcassonne en 1002, attribue :

-         A Pierre, le futur évêque de Gérone des biens ecclésiastiques et de nombreuses abbayes,

-         A  l’aîné Raimond, la ville et le comté de Carcassonne, Queille, le Quercob, (région de Chalabre,) la moitié du Volvestre, le tiers du Comminges, le château de Minerve…

-         Au cadet Bernard, le château et la terre de Foix indivis avec sa mère, le Couserans, l’autre moitié du Volvestre, le Sabarthès, le Daumazan…

L’enchevêtrement des droits et des interdictions  empêche toute cession.

Le comté de Foix  vient de naître et Laroque d’Olmes fait partie de cette nouvelle entité.  

 En 1066, Roger III, (fils de  Raimond,) comte de Carcassonne et vicomte de Béziers et d’Agde décède sans héritier mâle. Les sœurs du vicomte de Carcassonne  craignant à juste titre les revendications du comte de Foix, préfèrent  placer leurs biens sous la protection puissante du comte de Barcelone, Raimond Béranger, qui cherche à étendre ses possessions au-delà des Pyrénées.  Elles vont jusqu’à lui vendre le  Carcassès, (c’est à dire Carcassonne) et le  Razès (Rennes le château) pour une somme de 2 000 à 5 000 onces d’or selon les sources.

La cité de Carcassonne  n’est reprise qu’en 1082  avec l’appui du Comte de Toulouse par Bernard Aton et sa mère Ermengarde qui gouverne encore à ses côtés.

Le 21 avril 1095, Roger II de Foix, qui a besoin d’argent pour financer sa croisade en Terre Sainte, renonce à ses droits sur le comté de Carcassonne et Laroque d’Olmes, qui est sous la mouvance directe des seigneurs de Dun et Péreille, passe sous la coupe de la maison de Carcassonne.

Cette même année 1095, Raimond de Dun prête fidélité pour le château de Laroque à Bernard Arnaud Trencavel, fils d’Ermengarde.

Vers 1125, il renouvelle son serment à Bernard Aton Trencavel et à ses fils.

Le 4 avril 1145, un nouvel hommage est rendu au vicomte Roger de Béziers par les maisons de Dun et Péreilhe coseigneurs du « castrum de La Rocha. »

Le château de Laroque appartient alors à trois coseigneurs, un de la maison de Dun et deux de la maison apparentée de Péreille, Raimond et Bertrand.

Deux chartes rédigées en latin par le scribe Peire en témoignent :

-« Moi, Raimond de Dun, fils de Béatrice, je te rends hommage, Roger de Béziers, pour le castrum de La Rocha.

- Moi Raimond de Péreille et Bertrand, son frère, tous deux fils de Comer, nous te rendons hommage, Roger de Béziers, pour le castrum de La Rocha.»

Certainement impressionnés par le prestige de Raimond Béranger IV, au faîte de sa puissance, qui vient de remporter une victoire sur les Sarrasins à Tortose en 1148, Raimond Trencavel, son frère et héritier Roger et le comte de Foix, formalisent le rapprochement avec Barcelone.

C’en est trop pour le comte de Toulouse, Raymond V qui ne peut accepter la défection de ses vassaux.

En 1153, il s’empare de la personne de Raimond Trencavel et le fait prisonnier de 7 mois. Il n’est libéré que contre une rançon de 3 000 marcs d’argent.

En 1159,  une fois n’est pas coutume, une coalition se forme contre Raimond V, composée du roi d’Aragon et de Barcelone, du roi d’Angleterre, des Trencavel, Raimond et son frère Bernard Aton de Nîmes, d’Ermengarde de Narbonne  et de Roger Bernard de Foix…

Abandonné de tous les barons méridionaux et assiégé dans Toulouse, Raimond V  n’est sauvé que par le roi de France Louis VII dont il a épousé judicieusement la sœur Constance.

En 1162, à la mort du comte de Barcelone, prudent, le comte de Foix Roger 1er change d’alliance et se range du côté du comte de Toulouse.

Il en sera remercié par une donation concernant le château de Péreille et l’Olmès, dont Laroque et ses défenses, Alzen et d’autres châteaux confisqués au comte de Carcassonne. Laroque est à nouveau sous la mouvance des comtes de Foix. Remarquée, elle est choisie pour  accueillir l’année suivante les protagonistes d’un important traité de paix.

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    4  Un grand traité de Paix à Laroque d’Olmes

 

En 1162, à la mort de Raimond Béranger IV, le comte de Barcelone et roi d’Aragon, Alphonse II et son fils, revendiquent la ville de Carcassonne ce qui oblige Raymond Trencavel à se rapprocher du comte de Toulouse et à signer un nouveau traité de paix qui a lieu à Laroque d’Olmes.

Avant de décrire la cérémonie, il faut remarquer nous dit Fernand Boulbès que les trois références qui précisent le lieu où ont été écrites les  trois chartes qui ponctuent la cérémonie, font référence au vocable « Ulmi » (Olmes).  Ce sont respectivement « apud burgum quod vocantour Ulmos » (un lieu appelé Olmes), colonne 1268, « apud burgum quid dicitur Ulmi » colonne 1270, « apud Ulmos in ecclésia Scanti Stéphani » colonne1271 « à Olmes en l’église Saint-Etienne. »

Dans le remarquable dictionnaire topographique du département de l’Aude paru en 1912,  l’abbé Sabarthès indique  « Ulmi » comme étant « Homps » canton de Lézignan qui avait autrefois une église paroissiale consacrée à Saint-Etienne. Mais cette hypothèse est en contradiction formelle avec le commentaire de l’Histoire générale du Languedoc des bénédictins dom Vaissette et dom Dévic, commentaire publié en appendice par Augustin Molinier (érudit né à Toulouse et mort à Paris en 1904,) archiviste bibliothécaire et professeur de l’école des Chartes, qui fait autorité en la matière. Molinier y écrit que le traité de paix a lieu « en l’église d’Olmes, lieu situé sur les frontières du diocèse de Mirepoix et du comté de Foix. » L’index topographique de l’Histoire Générale du Languedoc indique bien que  le terme « Ulmi » concerne Laroque d’Olmes.

Dans les archives du château de Léran, il nous est arrivé de rencontrer Ulmi  pour désigner la même localité. En outre, les documents que nous avons consultés sur l’histoire de Homps ne font pas la moindre allusion au fameux traité.

L’inventaire des archives communales de la ville de Narbonne antérieures à 1790, publié en 1877, et rédigé par Mouynier, archiviste du département de l’Aude, en appendice, série AA, note L, p 219,  fait par ordre chronologique l’analyse des documents historiques relatifs à Homps, du 9 mai 1162 au 24 septembre 1190, sans la moindre référence au traité de paix.

Est à rejeter également l’hypothèse fantaisiste, comme lieu du traité, de la petite église Saint-Etienne de Pampouly, à l’entrée de Villeneuve d’Olmes.

Personne aujourd’hui ne conteste sérieusement le choix de Laroque d’Olmes  comme lieu de ce fameux traité régional conclut Fernand Boulbès.

Le traité de Paix

Le mémorable traité de Paix  entre le comte de Toulouse et le vicomte de Carcassonne et de Béziers a eu lieu les samedi 8 et dimanche 9 juin 1163.

C’est le roi en personne, Louis VII le Jeune qui  est intervenu  pour  obliger les deux grands seigneurs, le comte de Toulouse et le vicomte de Carcassonne à se réconcilier.

Le traité  est signé au cours de deux journées solennelles  au château-fort d’Olmes et dans l’église romane de Saint-Etienne sa voisine sur le plateau.

Pour porter témoignage de leur réconciliation, le comte de Toulouse et le vicomte de Carcassonne sont entourés d’une pléiade de grands prélats et de seigneurs : le nouveau titulaire du grand évêché de Toulouse (Bernard,)  l’évêque d’Albi (Guilhem,) le comte de Foix (Roger –Bernard 1er,) la vicomtesse de Narbonne (Ermengarde,) le comte de Rodez (Hugues,) les seigneurs de Montpellier (Guilhem), de Nîmes (Pierre-Géraud), d’Uzès (Bermond), des Baux (Hugues), et une vingtaine d’autres seigneurs ( Guillaume de Sabran, Raimond des Termes, Pierre de Minerve, Guilhem et Raimond de Durban, Raimond de Castres, Gaubert de Fumel, Gauceran de Capestan, Pierre de Montaigut …

Le samedi 8 juin, dans le château-fort appelé d’Olmes, a lieu la prestation de serment. Le comte de Toulouse, Raimond V, promet d’abord au vicomte de Carcassonne et de Béziers, Raimond Trencavel, à sa femme Cécile et à leur fils Roger de n’attenter ni à leurs personnes, ni à leurs biens présents et futurs et de les aider envers tous, excepté  contre Bernard Aton, neveu de Trencavel et ses propres vassaux dont il promet de lui faire justice.

C’est Arnaud de Ferran qui rédige cette première charte, sur l’ordre du comte de Toulouse.

Le lendemain, le dimanche 9 juin, le comte de Toulouse, avec l’aval de ses vassaux et ceux du comte de Carcassonne, s’engage à restituer au vicomte de Carcassonne la rançon de 3 000 marcs d’argent qu’il lui avait infligée lorsqu’il le détenait prisonnier  à Toulouse.

Pour les premiers 1 000 marcs d’argent, il lui donne en gage la jouissance du château de Lunas et de ses dépendances dans le diocèse de Béziers. Pour les 2 000 marcs qui restent, il engage le château vieux d’Albi et ses dépendances (à la réserve des châteaux de Saint-Marcel et des Cestariols, ainsi que les droits et le domaine qu’il avait dans la ville et les faubourgs d’Albi,  à l’exception des droits de « pezado, » (de pesée) qu’il se réserve. Le comte stipule expressément que Trencavel jouira de tous les dits domaines engagés et que la jouissance ne sera pas amputée sur le capital.

Le même jour, à Olmes, dans l’église Saint-Etienne, par une autre charte écrite par Ludovic, le Comte de Toulouse s’engage en faveur du vicomte Trencavel, de sa femme Cécile et de son fils Roger, à accorder un délai de 40 jours à ses vassaux de Toulouse et de l’Albigeois pour se ranger à cette paix.

Sur les ruines de l’église Saint-Etienne sera construite au XIVe siècle l’église de Notre-Dame du Mercadal aujourd’hui rebaptisée église du Saint- Sacrement.

La paix sera de courte durée.

Lors de la révolte de Béziers, le 15 octobre 1167,  Raimond Trencavel  qui est allé aider son neveu Bernard Aton, est assassiné dans l’église de la Madeleine. Il semble  que les troubles ont  été attisés  par le comte de Toulouse qui n’a pas pardonné à Bernard Aton, on l’a bien senti dans la première charte.

Roger II, le fils du défunt Raimond Trencavel renverse aussitôt les alliances et grâce à Alphonse II roi d’Aragon, se rend maître de Béziers et châtie les meurtriers.

Dans les années 1175,  Roger II Trencavel  revient dans le giron toulousain.  Par un double mariage: il épouse Adélaïde la fille du comte de Toulouse Raymond V et marie sa sœur Béatrice avec l’héritier du comte de Toulouse le futur Raimond VI, il resserre les liens entre les deux familles.

Raimond-Roger Trencavel, fils de Roger II et Adélaïde adopte une attitude tolérante avec les cathares. Il est frappé d’excommunication en 1178 et décède dans un cachot quelques jours après la prise de Carcassonne en 1209.

Raymond Trencavel II cède ses droits à Louis IX en 1247.

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     5    Laroque dans la seigneurie de Mirepoix

La lignée des Bellisen est présente dès le début du deuxième millénaire à Mirepoix où un château est attesté dès 960. La seigneurie est sous la mouvance des comtes de Toulouse.

On sait que le château, jusque là « alleutier, » c’est-à-dire indépendant est donné aux comtes de Carcassonne en 1095,  en même temps que le château de Dun donc que Laroque.

Le seigneur de Mirepoix, Roger 1er de Bellisen, qui a accompagné  le seigneur fuxéen et Raimond de Saint Gilles, comte de Toulouse,  (Raimond IV) lors de cette première croisade, est tué à Jérusalem en 1104.

En 1126, la seigneurie de Mirepoix bascule dans la mouvance des comtes de Foix. Des hommages sont rendus en 1129 et 1159. Elle absorbe le « Pays d’Olmes »  entre 1170 et 1180.

D’héritages en successions, on peut fractionner les seigneuries jusqu’ à l’absurde. En voici deux exemples :

-          Le 4 juillet 1159, ce sont 11 coseigneurs de Mirepoix qui jurent fidélité au comte de Foix Roger-Bernard 1er,  parmi eux figurent les Bathalta descendants des Bellisen.

-          Le 29 décembre 1197,  Pierre, roi d’Aragon et comte de Barcelone, fait donation  du château de Lagarde qu’il détenait à Guillaume de Lordat.

Mais, on n’a pas tout vu, puisque  le 19 ou 20 mai 1207,  ce sont 35 coseigneurs de Mirepoix qui jurent fidélité au comte de Foix. Ce dernier accorde à la ville une charte de coutumes  sans doute nécessaire vu la confusion ambiante.

Notons parmi les coseigneurs Pierre-Roger de Mirepoix, le défenseur de Montségur, et Hugues de Laroque, le seul seigneur de Laroque dont le nom est traversé le temps.  Cité, à notre connaissance une seule fois puisque son nom ne figurait pas dans la liste précédente des 11 coseigneurs.

Après avoir déterminé les limites des terres concernées par la Charte, le servage est pratiquement aboli : on ne peut être corvéable à merci ni vendu malgré soi ; le domicile devient inviolable sauf en matière criminelle et on jouit de la liberté de ses biens moyennant des droits féodaux. Les coseigneurs accordent également des droits d’usage dans les bois, les pâturages et les rivières.

Dans la pratique, les habitants de Laroque principale ville du Pays d’Olmes, ne tarderont pas à bénéficier d’un statut analogue. Ils feront valoir auprès de leurs seigneurs qu’ils ont toujours bénéficié des mêmes privilèges généraux que les habitants de Mirepoix.

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     6  Le catharisme – La croisade contre les Albigeois.

 

Léglise, qui a été sans conteste un grand élément civilisateur, n’a pas su remplir avec la même efficacité sa mission spirituelle.

Il y eut, dès l’an 1000, plusieurs tentatives de rénovation. L’une d’entre elles fut le catharisme qui souhaitait retrouver la tradition  chrétienne originelle dans sa simplicité et sa rigueur.

Le  mot cathare vient du grec « katharos » qui signifie « pur, » mais il n’est pas revendiqué par les cathares eux-mêmes qui préfèrent la terminologie de « bons chrétiens

Le catharisme est une manifestation parmi d’autres d’un vaste courant de pensée dualiste. On ne peut pas dire s’il descend précisément de telle ou telle source.

Le dogme

Le dogme cathare a puisé ses fondements chrétiens dans l’Evangile de Jean. Le Nouveau testament est le livre saint des cathares, le Pater leur prière et le « consolament » leur seul sacrement, tenant lieu de baptême, d’extrême-onction pour les croyants et de sacrement d’ordination pour les parfaits.

Dans cette religion, il y a deux mondes :

- celui du Bien, de Dieu, du ciel, de l’âme, des esprits,
- et celui du Mal, de Lucifer, de la matière, du corps, du monde visible.

Sur terre, le Mal a emprisonné les âmes dans des corps de chair.

«  L’homme procède par son âme du Dieu bon et par son corps du monde visible, transitoire, où le mal (le diable) se manifeste. Pour libérer son âme, il doit pratiquer l’ascèse et le détachement du monde matériel. »(Duvernois)

Si une seule existence ne pouvait suffire à la libération de l’âme celle-ci était soumise à la chaîne des réincarnations (métempsycose) ; la réincarnation se faisait dans le corps des animaux qui n’étaient jamais tués par les cathares, ni jamais consommés (sauf les poissons) et le refus d’égorger un poulet conduisit maintes dames cathares au bûcher. » (Duvernoy)

Pour les cathares, Jésus était un envoyé de Dieu destiné à montrer aux hommes la voie du salut. Il leur paraissait impensable qu’il se soit incarné dans cette chair impure. Il aurait pris une apparence humaine et l’on ne crucifie pas une apparence.

En conséquence, les cathares refusaient l’eucharistie et le symbole de la croix.

On distinguait les sympathisants soucieux de faire des efforts car toute faute les éloignait du salut. Comme ils avaient conscience de  leurs faiblesses,  ils espéraient  surtout recevoir un jour « le Consolament des mourants » qui promettait non pas le paradis mais une meilleure réincarnation.

Leurs intercesseurs étaient ceux qui appliquaient la doctrine à la lettre : les « bons chrétiens, » « les bons hommes » ou  «  les bonnes dames, » ceux ou celles que l’Inquisition qualifiera plus tard de « parfaits » ou de « parfaites,» sous-entendu « parfaits ou parfaites hérétiques.»

Un rite permettait à un homme ou une femme qui croisait un parfait de lui signifier qu’il faisait partie de l’église cathare : le mélioramentum. Ce rite se faisait  en cinq étapes successives : la révérence, l’agenouillement, l’imposition des mains, la prosternation et, à la fin, le baiser de paix.

Les registres de l’Inquisition confirment, selon les déclarations, tout ou partie du rite comme  dans la déposition de Bernard Escoulan : « j’ai vu les parfaits Raimond Lombard et Guillaume Pons […] mon père, et moi instruits par ces parfaits, les avons adorés trois fois les genoux fléchis et les paumes mises à terre, en disant « Bénissez… », et l’aîné des parfaits, Guillaume, répondant « Dieu vous bénisse. »

Les « parfaits » allaient généralement par deux et étaient vêtus de noir,  mais la couleur était sans importance. Ils jeûnaient au moins trois carêmes par an, soit trois fois quarante jours, menaient une vie austère et ascétique et se nourrissaient frugalement de pain, de légumes secs, de fruits, proscrivant totalement la viande, la graisse animale, les œufs, les laitages les fromages, autrement dit tout ce qui découlait de la procréation et qui émanait du diable.

Les parfaits  faisaient une exception pour  les poissons, peut-être  parce qu’ils les considéraient comme engendrés par l’eau ou parce que                                                             la  symbolique du poisson était très associée au christianisme. Ils faisaient vœu de chasteté et travaillaient de leurs mains. Pas d’église,  pas de hiérarchie pyramidale, le culte  était dépouillé, consistant en agapes, (repas partagés des premiers chrétiens),  en baiser de paix,  en sermons et en confessions publiques. Le baptême dit « baptême de l’esprit » se faisait par imposition des mains.

Cette élite s’obligeait à des conditions d’existence trop difficiles pour qu’elle devienne nombreuse, fort heureusement sans doute, car ce ferment de désagrégation aurait été dangereux s’il avait été poussé à l’extrême.

Catholiques et cathares pouvaient  paisiblement cohabiter dans la même famille.

L’approche du drame

Vers la moitié du XIIe siècle, les maux de la guerre régionale entre Toulouse  et Barcelone  furent  parasités par des problèmes grandissants liés au catharisme.

Ainsi, en  1163, l’année même du grand traité régional signé à Laroque, le concile de Tours condamna l’hérésie et désigna la région de Toulouse et le Midi comme terre hérétique.

Pour désamorcer la crise, les grands seigneurs eurent l’idée d’un colloque entre catholiques et cathares, organisé à Lombers, un petit village près d’Albi. Des prélats catholiques et des bons hommes chefs de l’église cathare étaient présents. En réalité, le souhait de l’évêque d’Albi  n’était pas  de débattre et d’arriver à un compromis mais de faire condamner l’hérésie par cette parodie de tribunal. Ce qui fut fait. A partir de cette conférence, on  commença  à désigner les Cathares sous le nom d’Albigeois, d’où le nom de croisade contre les Albigeois.

La croisade contre les Albigeois

Les préliminaires

Avant de sévir, le pape Innocent III lança quelques missions d’enquête et de prêche dont celle en 1206 de Pierre de Castelnau, enfant du pays et de frère Raoul.

Philippe Auguste fit la sourde oreille se contentant de nommer Arnaud Amaury à la tête de l’épiscopat  languedocien.

Suite à la prédication impuissante des cisterciens envoyés par le  pape pour enrayer la crise, Dominique de Guzman, chanoine  espagnol entreprit de lutter contre les hérétiques  sur leur propre terrain. Les dominicains partirent prêcher à pied, par deux, montrant la même sobriété de vie  que les « parfaits » pour contrecarrer leur action. Ils furent accueillis par une politesse ironique.

Ils ne refusèrent pas à l’occasion de se confronter à nouveau à la hiérarchie cathare. A Fanjeaux,  pendant deux semaines, Dominique s’enferma avec le parfait cathare Guilhabert de Castres  pour une longue confrontation verbale  sur les dogmes de l’église mais comme ils étaient aussi bons orateurs l’un que l’autre, il fallut un autre stratagème pour les départager et désigner un vainqueur. On recourut alors à l’ordalie ou épreuve du feu. Les notes prises sur des parchemins par le parfait brûlèrent alors que, miracle, les notes de Dominique s’élancèrent par trois fois au-dessus des flammes, montèrent jusqu’au plafond où elles mirent le feu à une poutre sans brûler elles-mêmes. La poutre en question est toujours conservée dans l’église  Notre-Dame de l’Assomption de Fanjeaux où Dominique s’établit.

Esclarmonde de Foix, fille de Roger 1er, devint veuve en octobre 1200 et se tourna vers l’église cathare. Devenue parfaite, elle participa au colloque de Pamiers. Comme  elle se mêla à la discussion, Dominique, le futur saint Dominique, fondateur de l’ordre dominicain, lui aurait répondu cette phrase restée célèbre « Allez dame, allez filer votre quenouille. »

Comme les cathares nommaient des parfaites, par réaction,  les dominicains  fondèrent le monastère de Prouille proche de Fanjeaux afin de susciter des vocations religieuses féminines.

Les évènements se précipitèrent.

On sait comment les choses s’accélérèrent : l’assassinat du légat pontifical Pierre de Castelnau par un écuyer du comte de Toulouse, en janvier 1208,  fut la goutte d’eau officielle qui  provoqua la réaction immédiate du pape Innocent III. Philippe Auguste, occupé par des relations difficiles avec le roi d’Angleterre déclina l’offre de croisade. Par contre, les chevaliers mal pourvus de terres, d’île de France, de Bourgogne et de Normandie, attirés par les richesses du sud, se montrèrent enthousiastes malgré la soumission  de Raimond VI, comte de Toulouse, flagellé publiquement à Saint Gilles, le berceau de la dynastie. Défection qui sera contrebalancée par la résistance de son neveu  Raimond Trencavel qui sera excommunié et supportera seul les premiers assauts de la croisade.

Le recours à « la guerre sainte »  signa l’échec de l’église à réduire l’hérésie sur le fond, c’est-à-dire par le débat religieux.

L’armée se constitua sous l’autorité de l’église. Son chef officiel fut Arnaud Amaury. Pour lui la croisade n’avait qu’un objectif, l’élimination physique des hérétiques.

Les choses se passèrent en  trois actes : la croisade des chevaliers, la  reconquête et la croisade royale.

La croisade des chevaliers.

-         L’invasion

Simon de Montfort, le chef militaire, n’était pas  de la haute noblesse. C’était un combattant valeureux qui s’était illustré lors de la troisième croisade  et qui avait gagné la confiance de ses pairs.

En juillet 1209, l’armée des croisés, qui avait épargné Montpellier, fit le sac de Béziers. « Tuez les tous, dieu reconnaîtra les siens » s’écria le légat du pape Arnaud Amaury. Ce qui donna  20 000 cadavres jonchant le sol selon les chiffres peut-être exagérés que les légats pontificaux transmirent au Pape. Le ton était donné, le mois suivant, ce fut le tour de Carcassonne où Raymond  Roger  vicomte de Carcassonne et Béziers  commit l’erreur de laisser les croisés s’emparer des points d’eau.

Après le départ de certains barons qui avaient fini leur quarantaine, c’est-à-dire leur service féodal ou « ost » qui durait quarante jours en principe, Simon de Montfort, petit seigneur de l’île de France, fut désigné comme successeur des Trencavel et s’établit à Carcassonne.

Le 22 septembre 1209,  jour de la Saint Maurice, il prit  la ville de Mirepoix, fief cathare où les hérétiques occupaient une cinquantaine de maisons et la confia à son compagnon Guy de Lévis.                      Ils se dirigèrent ensuite sur Pamiers et Saverdun.

La guerre d’usure

Ce moment de stupeur passé, bon  nombre de seigneurs adoptèrent une attitude de résistance et occasionnèrent de plus en plus de difficultés à Simon de Montfort.  Guerre d’usure ponctuée par des redditions après de longs sièges.

Dans les premiers jours de 1210, les croisés assiégèrent Bram. Comme  les habitants avaient refusé d’ouvrir les portes, Simon de Montfort fit arracher les yeux d’une centaine de survivants. Un seul fut éborgné  et chargé de conduire la misérable troupe à Cabaret. Il ne put prendre le château de Foix en  avril ou mai 1210  « qu’il avait menacé de faire fondre comme neige au soleil. »

La reddition de Minerve eut un grand retentissement puisque 140 parfaits préfigurant Montségur périrent sur le bûcher. Quant à la prise de Terme dont les défenseurs furent terrassés par la dysenterie, elle ruina dans les derniers jours  de Novembre l’esprit de résistance.

Les tentatives de  Raymond VI pour se réconcilier avec l’église échouèrent. Il refusa une charte qui le spoliait de tous ses biens et fut excommunié en  février 1211, ce qui eut pour effet de lui faire prendre ouvertement la tête des hérétiques.

La  guerre ouverte.

Le comte de Toulouse trouva à ses côtés le comte de Foix Raimond Roger et son fils Roger Bernard  ainsi que le comte Roger de Comminges qui firent de nombreuses sorties très meurtrières pour les croisés. Simon de Montfort se vengea  en ravageant le Couserans.

Guy de Montfort, le frère cadet de Simon, qui prit part lui aussi à cette croisade, incendia vraisemblablement le château de Laroque et passa la garnison du château  dit de Castelsarrasin de Lavelanet au fil de l’épée. Le pays d’Olmes fut alors réuni à la terre du Maréchal, un autre Gui, Gui de Lévis.

A Pamiers, le samedi 1er décembre 1212,  « une charte de statuts » en 46 articles, organise la mainmise des chevaliers français du Nord sur les terres confisquées aux seigneurs méridionaux  et l’instauration de « la coutume de Paris » dans des pays jusqu’alors régis par  le droit écrit.

Ces statuts de Pamiers accordèrent aussi une place privilégiée à l’Eglise, moyennant le paiement régulier de dîmes et l’exemption de la taille,  tout en protégeant les paysans contre le despotisme seigneurial.

L’importante terre de Mirepoix fut soustraite aux comtes de Foix et donnée à Gui 1er de Lévis maréchal dans l’armée des croisés. Originaire de Lévis Saint-Nom, village de l’île de France entre Versailles et Rambouillet, il avait fondé en 1198 l’abbaye de Notre-Dame de la Roche dont subsistent des vestiges dans le cadre d’une école d’horticulture.

La devise des Lévis est : « Dieu aide au second chrétien » car selon la légende, le second à avoir été baptisé après Clovis était un Lévis.

Parmi les autres chevaliers du nord qui  bénéficièrent de terres, citons : Pons de Bruyère, châtelain de Chalabre et Puivert et Lambert de Thury à Limoux…

Pour surveiller le plus irréductible de ses ennemis, Simon de Montfort s’installa à Pamiers qui devint la capitale de l’orthodoxie.

En 1213, Raimond VI  abdiqua en faveur de son fils Raimond VII qui aussitôt rendit  hommage à Pierre II d’Aragon. De ce fait le comte de Toulouse en exercice n’était plus sous la condamnation de l’église. Innocent III songea à arrêter la croisade mais les évêques réunis à Lavaur s’y opposèrent. Ils excommunièrent Raimond VI à nouveau  et envoyèrent une mise en garde à Pierre II.

L’armée aragonaise passa alors les Pyrénées. Une grande bataille se prépara. Elle eut lieu à Muret, le 12 septembre 2013. Pierre II d’Aragon y perdit la vie.

Raimond VII n’avait plus que la Provence qu’il tenait de sa mère. Il prit Beaucaire et refoula Simon de Montfort qui préféra aller assiéger Toulouse.

La reconquête

A partir de 1216, Montfort fut incapable de tenir ses possessions. Le maillage religieux hérétique était si dense dans le peuple qu’il ne pouvait  s’appuyer sur lui. Il avait besoin de renforts.

Le 25 juin 2018, devant Toulouse, une pierre vint fracasser son heaume, le tuant sur le coup.

Démoralisés, un certain nombre de croisés repartirent chez eux. Amaury de Montfort, le fils de Simon, était bien seul face aux comtes du Midi.

Raimond Roger de Foix reprit tour à tour toutes les places et assiégea Mirepoix. En mars 1223, la ville fut restituée aux coseigneurs. Les Lévis se trouvèrent dépossédés des domaines qui avaient été la récompense des services rendus à la cause des croisés. Hugues de Laroque ne faisait plus partie des coseigneurs qui rendirent hommage au comte de Foix, Raymond-Roger, qui mourut des fatigues endurées au cours du siège de Mirepoix. Son fils Roger-Bernard lui succéda. Ces coseigneurs du fait de la guerre et de l’exil ne furent plus que 14 dont  Pierre Roger de Mirepoix, Isarn son frère, Bernard Bathalta, Loup de Foix, Arnaud Roger…

En 1223, à la mort de Philippe Auguste, Louis VIII prit le pouvoir. Il attendit patiemment qu’Amaury de Montfort  jette l’éponge et renonce à ses fiefs en sa faveur pour lancer une croisade royale.

Louis VIII, dit  le Lion, se lança  alors dans cette nouvelle expédition  à  la fois  conflit de civilisation entre le Nord et le Sud  et conflit politique, le roi tenant à assurer à son royaume en pleine expansion un débouché méditerranéen.

 

  La croisade royale.

Le pape Honorius III déclara la nouvelle croisade. Louis VIII arriva dans le midi en 1226. La lutte devint vite inégale face à l’armée royale. Nombreux furent les petits seigneurs qui se soumirent  sans songer le moins du monde à résister. Louis VIII installa à Carcassonne son cardinal Imbert de Beaujeu. Raimond VII était bloqué dans Toulouse.

Louis VIII, ayant besoin de rentrer à Paris, décéda sur le chemin du retour. Sa veuve Blanche de Castille prit la régence en attendant l’arrivée sur le trône de Louis IX, le futur Saint Louis.

Le nouveau roi d’Aragon se rangea au côté de l’église. Les comtes occitans se placèrent sous l’autorité du roi de France. Les croyants cathares furent privés d’appuis politiques.  Les  seigneurs « faidits » s’exilèrent à Barcelone ou gagnèrent des forteresses comme Quéribus ou Montségur.

L’inquisition commença.

Les évêques cathares se réunirent à Montségur qui devint le symbole de la résistance.

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   La terre de Gui 1er de Lévis

Son zèle infatigable à la cause des croisés et de l’église lui valut le titre de « Maréchal de la croisade contre les Albigeois et  de « Maréchal de Mirepoix. »  Ce titre héréditaire se transforma au XVe siècle en Maréchal de la Foi. »

Alors que le comté de Toulouse et le comté de Carcassonne allaient être réunis à la couronne après la mort de leurs derniers héritiers, l’administration royale procéda à un nouveau découpage local.

Par le traité de  Meaux-Paris de 1226, la terre du Maréchal ou terre de Mirepoix dont Laroque était une composante tomba presque entièrement sous la coupe de Gui de Lévis. Elle fut détachée du comté de Foix et releva directement du roi de France. Elle resta la propriété de la famille Lévis pendant 563 ans. Voilà entre autres pourquoi  Laroque n’a pas eu d’autre seigneur connu qu’Hugues.

Cette terre de Mirepoix se composait de 75 fiefs mais Gui de Lévis  possédait une autre terre riche en places fortes et presque aussi importante dans la région de Béziers et les terres qu’il gardait en île de France.

Bordée au nord par le comté de Toulouse, à l’ouest et au sud par le comté de Foix et à l’est  par les seigneuries du pays de Kercorb données à Pons de Bruyères, elle s’étendait sur environ 40 km du nord au sud et 35 dans sa plus grande largeur. Elle englobait actuellement 84 communes dont 62 font partie du département de l’Ariège et 22 de celui de l’Aude :

-         33 communes du canton de Mirepoix : Aigues-Vives, La Bastide de Bousignac, (appelée alors La Bastide de Saint-André ), La Bastide sur l’Hers, (La Bastide de Congoust), Besset, Cazals-des-Bayles, Coutens, Dreuilhe, Dun ; Esclagne, et une petite  partie ouest de Montbel, ( l’autre partie faisant partie de la seigneurie de Chalabre), Moulin- Neuf, Le Peyrat, Pradettes, Régat, Rieucros, Roumengoux, Saint-Félix-de-Tournegat, Saint-Julien-de-Gras-Capou, Sainte-Foi, Tabre, Teilhet, Tourtrol, Troyes sauf Sarraute restée au comté de Foix,  Vals, Viviès. Lagarde, Lapenne, La Roque d’Olmes, Léran, Limbrassac, Malegoude, Manses, Mirepoix,  à l’exception de Saint-Quentin, Belloc et Camon, restées en pays de Foix.

-         17 communes  du canton de Lavelanet : Bélesta, Bénaix, Le-Carla-de-Roquefort, Fougax-et-Barrineuf, Illat, Lavelanet, Lesparrou, l’Aiguillon, Lieurac, Montferrier, Montségur, Péreille, Raissac, Roquefort-les-Cascades, Saint-Jean-d’Aigues-Vives, le Sautel, Villeneuve d’Olmes. à l’exception de Nalzen, Roquefixade, et Leychert.

-         9 communes du canton de Varilhes : Calzan, Coussa, Dalou, Gudas, Malléon, Saint-Félix-de Rieutord, Ségura, Ventenac, Vira.

-         3 communes du canton de Pamiers : Arvigna, Les Issards, Les Pujols.

-         22 communes du département de l’Aude : Bellegarde du Razès, Caudeval, Corbières, Courtauly, la Courtète,  Escueillens- et- Saint-Just-de-Bellengard, Gueyte-et Labastide ( ex Labastide-de-Bellengard, puis de Cazaux,) Hounoux, Lafage, Lignairolles, Orsans, Peyrefitte-du-Razès, Plaigne, Plavilla, Ribouisse, Seignalens, Saint-Benoît, Saint-Gaudéric, Saint-Julien-de-Briola, la partie nord de Sonnac ( Roubichoux), Tréziers, Villautou.

 

Si Guy 1er de Lévis, laissa son nom à la postérité de notre région, il ne lui laissa pas sa dépouille puisqu’il fut inhumé en 1223 à l’abbaye Notre-Dame de la Roche.

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                           8  Le drame de Montségur

 

Devant la terreur inspirée par les tribunaux de l’Inquisition, les  chevaliers déchus ou « faidits »  gagnèrent Montségur, siège de l’église cathare. Ils y retrouvèrent Raimond de Péreille, seigneur du lieu et Pierre Roger de Mirepoix.

Parmi les Laroquais qui écoutaient les sermons enflammés de l’évêque cathare Bertrand Marty de Toulouse  ou de Raimond Agulher, évêque du Razès, « sermons hérétiques » qui  paraissent avoir été omniprésents dans les bourgades en temps de paix, on trouve le couple Arnaut et Bruna Doumerc et Guilhem Raimond. Il faut dire que les deux hommes étaient des sergents d’armes.

Vers 1236, un habitant de Laroque très malade, Pierre Guilhem, se fit transporter à Montségur, accompagné de deux « Bonshommes » : Arnaud Piquier et Pierre de Cavanac. Il voulait mourir sur le pog sacré, après avoir reçu « le consolament, « consolamentum en latin, » ou baptême des mourants ». Ses forces le trahissant, il mourut en route, à Montferrier, alors que Raimond de Péreille et Bérangère de Lavelanet en personne, touchés par sa grande foi, étaient descendus à sa rencontre.

De nombreux autres habitants de Laroque d’Olmes, de Villeneuve, Montferrier, de Roquefeuil et des villages environnants ravitaillaient le château en pain, vin, blé, poissons, souliers, arbalètes…

En 1240, trois sergents d’armes, Guilhem Raimond de Laroque, Pons Sicre d’Illat et Bernard de Joucou, escortèrent Francisca, une  parfaite  ou « revêtue » et trois de ses compagnes, de Montségur à Queille, d’où elles gagnèrent la maison d’Arnaud Lescure. Ils reçurent chacun en récompense six deniers de la main de Francisca.

 

La dernière tentative de Trencavel 

En 1240,  un double choc ébranla tout le Midi.

Le jeune Raimond Trencavel, seigneur déchu, souleva la sénéchaussée de Carcassonne et chevaucha la plaine à la reconquête de ses terres.

Une armée royale commandée par Jean de Beaumont se porta au devant de lui, on sait qu’elle assiégea Roquefeuil en Pays de Sault.

Le complot

 Le moment était bien choisi et n’éclatait pas par hasard.

Les Plantagenêt, qui ne pouvaient se résoudre à ratifier la perte de leurs possessions continentales reprises par Philippe Auguste,  voulurent  profiter de la jeunesse de Louis IX. Ce dernier sortait  en effet de l’enfance et était confronté à des brouilles successorales. Henri III tenta de remettre la main sur d’anciens domaines de famille et débarqua en Saintonge, (au sud de La Rochelle.) Pour Raimond VII et ses alliés, c’était une aubaine.

Suite à un message de la cour de Toulouse, le 28 mai 1242, de Montségur partit une troupe de  13 chevaliers faidits dirigés par Pierre Roger de Mirepoix. Les Péreille, les Plaine, les Rabat, les Massabrac et les Congoust participèrent à l’expédition. La formation comptait autant d’écuyers et une vingtaine de sergents d’armes dont Arnaut Doumerc de Laroque, quarante-huit personnes en tout. Dans le donjon, elle massacra trois inquisiteurs de Toulouse livrés  par Raimond d’Alfaro, châtelain du lieu. Ils voulaient y établir leur « maudit » tribunal. Pierre Roger chef de l’expédition nocturne attendait dans un château voisin pour couvrir la retraite. Il regretta qu’on ne lui apportât pas comme promis le crâne de l’inquisiteur Guilhem Arnaud, « sa coupe à vin, » qu’il comptait cercler d’or.

Le « commando » avait clairement atteint le but recherché au moment où  Raimond VII  entrait en guerre contre la dynastie capétienne avec le roi d’Angleterre, les comtes du Poitou, le comte de Foix et Trencavel pour alliés.

En quelques semaines, Raimond VII et Trencavel libérèrent le Razès, le Minervois, les Corbières, le Narbonnais. Pierre Roger de Mirepoix délivra Laroque d’Olmes et Raimond de Péreille, Lavelanet.

L’été 1242  parut radieux à Montségur. Pierre Roger de Mirepoix, fort de son succès militaire tenta d’imposer à son beau-frère Raimond de Péreille un partage à son avantage concernant des droits seigneuriaux  de Laroque. Une délégation de 48 personnes conduite  par Arnaud Pons, ancien bayle de Gui II de Lévis, se rendit à Montségur pour demander la médiation  de l’évêque cathare Bernard Marty dont l’autorité était grande.

L’évêque cathare « entendit et pesa les raisons de chaque partie, lesquelles firent entre ses mains un compromis duquel elles ratifieraient et exécuteraient tout ce que Bertrand Marty leur prescrirait, au sujet du litige, tant en droit qu’en amitié et aimable composition. »

           Les habitants de Laroque versèrent 200 sols de dommages, soit 10 livres à Pierre Roger.

Mais les succès occitans du comte de Toulouse furent sans lendemain. Le roi d’Angleterre ayant été défait à Taillebourg le 20 juillet 1242, ses alliés l’abandonnèrent tour à tour y compris le jeune Comte de Foix, Roger IV, qui venait  de succéder à son père et qui se désolidarisait pour la première fois du Comte de Toulouse.

Raimond VII signa, avec le roi de France Louis IX (Saint Louis,) le traité de paix de Lorris en Gâtinais dans le Loiret, le 30 octobre 1242. Il renonça à Narbonne et Albi  et promit une nouvelle fois de chasser les hérétiques de ses terres.

La croisade du roi et de l’église.

Mais un acte aussi symbolique que l’assassinat d’inquisiteurs ne pouvait rester impuni. Qualifiée par le Pape de « synagogue de Satan, » tous les regards se tournèrent vers la citadelle de Montségur.

Le siège de Montségur 1243-1244

Sous l’autorité  morale des archevêques de Narbonne et d’Albi et de Gui II de Lévis, Hugues des Arcis sénéchal de Carcassonne, leva une véritable armée. Il dressa ses tentes et commença en mars 1243  un long siège.

Dans le castrum de Montségur, au pied du donjon de Raimond de Péreille, s’entassait  une  société solidaire d’environ 500 personnes, quelques unes logées dans quelques rares maisons (domus), les autres dans des cabanes de bois (cabanas) sur les terrasses nord, est, et ouest. Cent à cent cinquante hommes d’armes  assuraient sa  défense dont une trentaine de chevaliers. Les femmes  n’étaient qu’une dizaine dont six « dames. »

En mai 1243, par l’entremise d’un nommé Butiro, on contacta Isarn de Fanjeaux à Queille pour sonder les intentions du comte de Toulouse. La réponse du propre frère de Pierre Roger de Mirepoix, le défenseur de Montségur, fut affirmative : « Si le comte de Toulouse mène bien ses affaires, il viendra avant Noël, en attendant  tenez bon. »

Au bout de six mois, les lourdes pièces eurent beau battre les murailles, le siège n’avait obtenu aucun succès.

Vers la fin mai 1243, Raymond de Péreille et l’évêque cathare Bertrand Marty décidèrent de faire exfiltrer «  le trésor » des cathares par Peire Mathieu et le diacre Peire Bonnet, sans doute quelques  papiers et surtout des réserves monétaires, vers une grotte du Sabarthès. Les hommes de Camon laissèrent le passage aux deux hérétiques.

L’armée d’Hugues des Harcis sortit soudain de son immobilité.  Ce que l’on n’avait jamais osé, on le tenta. Dans les derniers jours de décembre 1243,  une troupe hardie de Gascons, sans doute conseillée par un habitant de la région, escalada la face la plus abrupte, le côté réputé inaccessible où les assiégés ne s’attendaient pas à voir surgir quelqu’un.

Surprise en plein sommeil, à l’extrémité de la crête dorsale de la montagne, la petite garnison du Roc de la Tour fut massacrée. La prise était d’importance car ce fortin contrôlait l’accès de la crête.

Au cours du mois de novembre, un renfort sérieux arriva. L’évêque d’Albi, Durand, excellent ingénieur, fit ériger « un trébuchet », une terrible machine qui pilonna la barbacane et la muraille avec d’énormes boulets souvent taillés sur place. Les défenseurs avaient du mal à contenir l’avancée des croisés qui progressaient inexorablement depuis le Roc de la Tour. Les craintes de Pierre-Roger et de Raimond de Péreille s’intensifiaient de jour en jour alors que l’effectif s’amenuisait.

Le comte de Toulouse dans les tous derniers mois du siège fit entrer de nuit Bertrand de la « Vacalerie » ou de la « Bachellerie » de Capdenac, un ingénieur spécialisé en balistique, qui s’employa à équiper de « mangonneaux » les défenses du castrum, c’est-à-dire de catapultes. Ces pierrières eurent l’avantage de blesser un certain nombre d’assaillants, de mobiliser les équipes de secours et de repousser un peu l’échéance finale.

Il fallait tenir jusqu’à Pâques si possible selon les dernières promesses de Raimond VII.

Malgré tous les efforts déployés, au mois de février, la barbacane tomba aux mains des « Français. » Les boulets s’abattirent alors dans l’enceinte elle-même. Les assaillants s’apprêtaient à lancer un assaut général synonyme de mort pour tous.

Pierre-Roger négocia avec le sénéchal  la capitulation conditionnelle de la place-forte, sous forme d’une trêve de quinze jours qui expirait  le mercredi 16  mars 1244.  Il savait que le sort des religieux n’était pas négociable. Les conditions proposées furent acceptées :

-         livraison d’otages dont Raimond de Péreille, quatre de ses enfants, son gendre et son frère Arnaud-Roger.

-         pardon pour les fautes antérieures y compris les meurtres d’Avignonet.

-         vie sauve et liberté pour  les hommes d’armes et ceux qui renieraient l’hérésie ; les personnes qui persisteraient seraient brûlées.

 

225  parfaits ou croyants environ furent brûlés au pied du château       «  au prat del Crémats. » Avant le bûcher; la vingtaine de nouvelles religieuses et nouveaux religieux qui venaient de se faire consoler  dont  Corba et Esclarmonde, femme et fille de Raimond de Péreille, se séparèrent et rejoignirent les maisons communautaires. Les couples se défirent. Arnaut Doumerc rejoignit la communauté masculine et Bruna, son épouse, celle des  Bonnes Femmes.

Le chroniqueur Guillaume de Puylaurens décrivit : « un enclos de pals enfermant une forêt de pieux, auquel on mit le feu. »

Si Pierre Roger de Mirepoix put quitter le château, il perdit à jamais la terre de Mirepoix dont faisait partie Laroque au profit de Gui II de Lévis.

En juillet 1245, Montségur fut inféodé à Gui II de Lévis qui s’empressa de faire construire une chapelle dans le château. La hiérarchie cathare fut démantelée mais le catharisme, malgré l’inquisition, resta vivace encore quelque temps.

 Il  faut dire qu’aujourd’hui  on est certain que les faits que nous venons de décrire ne se sont pas déroulés dans le château actuel, édifié  plus tard, vers 1280, par Gui  III de Lévis qui y maintint une petite garnison jusqu’au XIVe siècle. Les murailles visibles actuellement n’ont assisté ni à la reddition, ni au bûcher, ce qui n’enlève rien à l’épopée ou au symbole.

On peut imaginer une tour féodale, lieu de guet et de garnison, et tout contre un habitat s’enroulant autour de la plateforme sommitale, habitat qui  peu à peu, la place manquant, déborda en encorbellement précaire autour du vide. Ce castrum, protégé par des murailles et des barbacanes, devait être redoutable même s’il n’avait pas l’allure du vaisseau de pierre actuel.

D’autre part, il n’y avait rien, aucun village autour de Montségur au moment des faits. Seule apparut, en 1287, la petite communauté d’Ourjac.

 Raimond VII, impuissant à sauver Montségur, ne tentera plus rien dans les dernières années de son règne et  décèdera le 27 septembre 1249, à l’âge de 52 ans.  Ce fut la fin de « l’Etat Occitan. » Ses terres passèrent à la couronne.

Celles de Raymond-Roger Trencavel les avaient précédées, données à Simon de Montfort en 1209 après la capitulation de Carcassonne. Quant au vicomte déchu Raimond Trencavel, après son coup d’éclat  de 1241, il se soumit au roi de France en1247 et  décéda lors de la septième croisade entre 1263 et 1267.

Dès le mois d’octobre1242, Roger IV de Foix avait fait défection au comte de Toulouse et s’était déclaré vassal direct du roi. Le tribunal de l’Inquisition chercha à obtenir des preuves de son hérésie mais en vain. Sa mort, en 1265, mit fin au litige. En 1297, un certificat de catholicité fut même délivré à Roger Bernard III en faveur de son père et de lui-même.

Gui II de Lévis s’adapta sans heurts à la population de son comté et s’éteignit à son tour, en 1261. Il fut inhumé comme son père à Notre Dame de la Roche.

 Montségur marqua l’ascension vertigineuse de la Monarchie capétienne et la revivification de l’Eglise catholique.

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9  L’inquisition à Laroque

 

     On l’avait baptisée Ruppes Ulmésii,

     La roche plantée d’ormes,

     Elle s’identifiait à son vieux pays,

     L’Olmès ou Pays d’Olmes.

 

   Sous les coups des Montfort, elle perdit son château,

   Ses hérétiques amis,

   Leur verbe, leur parole, leur dogme nouveau,

   Et Guillemette aussi.

                                                                  Extrait d’une poésie d’Henri Aussaguès

 

On dispose aujourd’hui de 6 000 comptes-rendus d’interrogatoires pour le Languedoc. Ces textes reflètent le catharisme au quotidien.

A noter que l’Inquisition est à l’origine  du mot « parfait » mais n’a pratiquement jamais utilisé le mot « cathare » lui préférant le mot « hérétique

Le mot hérésie vient du grec. Il signifierait « choix » et non pas « erreur ». On reprocherait ainsi aux hérétiques qui sont des chrétiens de choisir parmi les textes religieux et de ne pas en accepter l’ensemble.

La doctrine cathare s’inscrit dans une logique de retour au christianisme primitif opposant le Bien et le Mal. Elle rejette par exemple la Sainte-Trinité, l’esprit n’étant qu’une émanation du dieu bon. Elle nie les saint-sacrements de l’Eglise romaine (baptême d’eau, messe, mariage, extrême-onction, etc.) la médiation des saints, le culte des reliques…

 

Bon à savoir :

Le catharisme ne donne à voir aucun témoignage matériel de son existence.
Les cathares n’ont rien bâti, rien écrit.
Les châteaux eux-mêmes que l’on dit cathares ne le sont pas. Leur construction est antérieure ou  ultérieure.

Organisée par une ordonnance royale d’avril 1229,  l’Inquisition fut le fait des évêques. Ce n’est qu’en 1231 qu’on la confia aux ordres mendiants et  notamment  aux dominicains.

A Montségur, seule une partie des dépositions recueillies par les inquisiteurs dominicains Ferrer et Durant a été conservée. Il semble  à peu près certain que l’ensemble de la population laïque a comparu devant le tribunal.

On sait par exemple que les six dames nobles furent interrogées  sur place dès le 18 mars 1244, soit seulement deux jours après le bûcher et que le 23 mars ce fut le tour d’un enfant de 10 ans, Arnaut Olivier.

Ensuite les inquisiteurs quittèrent le pog peu confortable pour  poursuivre  leurs investigations à Carcassonne.

  Jacques Fournier

Hors Montségur, ce fut  Jacques Fournier, évêque de Pamiers (1317-1326)  qui entendit mener l’Inquisition dans son diocèse. Natif de Saverdun, (Canté,) fils de boulanger, abbé cistercien de Fontfroide, étudiant à l’Université de Paris, ce futur Pape en Avignon élu sous le nom de Benoît XII, (1334-1342),  était un esprit curieux, rationnel, paperassier, sachant écouter, qui ne se pressait pas, qui se livrait à une exploration totale du sujet en lui faisant étaler sa vie entière, celle de ses parents, de ses voisins, de ses enfants. Si la moitié environ de son registre est perdue, il n’en reste pas moins 578  interrogatoires.

La dénonciation d’un témoin devant l’Inquisition servait de preuve pour établir sa culpabilité. L’aveu, indispensable, constituait l’arme la plus puissante pour débusquer les hérétiques. Le suspect était soumis à de fortes pressions psychologiques : solitude, promesses d’indulgence, menaces et à la torture en cas de nécessité.

La  répression

Les peines formulées par les inquisiteurs allaient de l’amende, au pèlerinage pour les cas bénins,  à la flagellation, à  l’excommunication, au port de la croix jaune, au « mur » et au bûcher.

On distinguait le régime strict (murus strictus) et le régime indulgent (murus largus) : dans tous les deux, le prisonnier était nourri au pain et à l’eau (mais il était permis de recevoir d’autres aliments du dehors); les condamnés au mur strict étaient, en outre, reclus et enchaînés.

Jacques Fournier fit construire l’un de ces « murs » aux « Allemans, »  c’est à dire La Tour du Crieu.

La croix jaune était une punition très rude, car elle désignait le porteur à l’aversion publique. Cette croix de feutre pouvait être double.

 

Les interrogatoires

Des Laroquais figurent sur le registre d’inquisition de Jacques Fournier.

Cette première déclaration montre l’amplitude de la délation puisque cette dame dénonce son propre mari.

Un cabaretier de Laroque d’Olmes est mentionné dans la déposition spontanée de Gentile Escoulan de Foix.

«  J’étais occupée à vendre du vin lorsque trois hommes entrèrent dans ma taverne : Raimond  du Vernet, cabaretier à Laroque, un autre homme vêtu de bure et un troisième qui avait l’air d’un clerc. En buvant, ils parlaient des hérétiques brûlés la veille.

Cet hérétique, disaient-ils, a discuté dur avec l’évêque, lui répliquant entre autres choses que les messes ne valaient rien. D’autre part sur le bûcher, une fois ses liens consumés, il a joint ses mains pour prier Dieu. 

 Gaillarde, qui était présente, se manifesta en disant que l’hérétique était un méchant homme puisqu’ il rejetait la messe qui est notre salut.  

Sur ces entrefaites mon mari entra dans la taverne et approuva ce que disaient ces hommes. A son avis puisque l’hérétique avait recommandé son âme à Dieu, Dieu aurait son âme. Il serait sauvé.

Je leur dis alors : taisez-vous donc ! Quant à toi Béranger, sors d’ici! »

A la suite de cette déclaration, le mari Béranger Escoulan est interrogé le même jour par Jacques Fournier sous l’accusation d’avoir fait l’apologie des hérétiques brûlés. Il sera condamné au mur puis sa peine sera commuée en croix de feutre jaune.

Quant à Raimond du Vernet, le cabaretier hérétique de Laroque, on ignore ce qu’il advint de sa personne ; il dut sans doute se réfugier en Catalogne.

 

 

Mise en cause d’un habitant de Laroque originaire de Prades, par Béatrice de Lagleise, fille de Philippe de Planissoles, châtelain d’Ascou.

Autres temps, autres mœurs,…

Béatrice de Lagleise est dénoncée le 19 juin 1320 par le curé de Dalou et une autre personne pour propos hérétiques tenus il y a douze ans, c’est-à-dire, la mise en doute de la présence du seigneur dans le sacrement de l’Eucharistie.

C’est à Montaillou qu’elle a entendu faire l’éloge des hérétiques par leur intendant Raimond Roussel, originaire de Prades d’Allion qui habite maintenant Laroque d’Olmes. Il voulait la convaincre de tout quitter et d’abandonner son mari « pour se mettre à l’abri des loups et chiens persécuteurs, » à savoir  les évêques et les dominicains.

Dans sa confession, Béatrice de Lagleise met aussi en cause le curé de Montaillou, Pierre Clergue, dont elle a été la maîtresse avant de venir à Dalou, et le prêtre de Lladros, Barthélémy Amilhac, dont elle a été l’amante en Espagne.

Après avoir abjuré, elle est condamnée « au mur perpétuel », le dimanche 8 mars 1321, peine commuée en croix double le 7 juillet 1332.

Mise en cause d’un habitant de La Roque par Raimond Vessier d’Ax.

Raimond Vessier accuse diverses personnes d’Ax dont entre autres l’ancien châtelain d’Usson et du Quérigut, Simon Barra et un violeur de Laroque d’Olmes. Ce dernier, Guilhem Aghulan, a gagné Ax, juridiction de Foix, pour échapper à la juridiction du seigneur de Mirepoix. Ce dernier a demandé  à Raimond Veissier, qui témoigne comme parent par alliance, d’intercéder auprès de Raymond Authier, frère de Pierre, le fameux hérétique bien en cour dans le comté, pour qu’il intervienne auprès de Guilhem Bayard de Tarascon, gouverneur du comté de Foix.

Guilhem Aghulan fut arrêté mais aussitôt libéré. Il jugea prudent de ne jamais revenir à Laroque.

Quant à Raimond Veissier, il fut condamné comme hérétique « au mur perpétuel », le 8 mars 1321.

 Témoignage d’Arnaud Bertrand de Laroque d’Olmes contre Arnaud Tisseyre de Celles pour propos hérétiques.

 Il déclare, le 18 septembre 1321, à l’évêque inquisiteur qui s’est déplacé à Saint-Paul de Jarrat : « Cette année-là,  entre l’Assomption, (15 août) et la nativité de la Vierge (8 septembre), je me trouvais à Celles, sur l’aire où l’on rassemblait les gerbes de dîmes de l’église. Il y avait Guilhem Monge de Varilhes, Guilhem Perdiguier vicaire de Celles, Jean Perdiguier son père et d’autres dont je ne me rappelle pas les noms. Nous en vînmes à parler de la récente excommunication  d’Arnaud Tisseyre, à la suite d’un long procès  devant la cour de « l’official » de Pamiers pour dette de dîme.

Arnaud intervient et dit : « Moi-même, j’ai entendu dire à messire Hugues de Vals, défunt recteur de Saint-Paul-de-Jarrat, qu’aucun homme de chair ne pouvait en excommunier un autre. Guillaume Monge et moi, nous lui reprochâmes aussitôt ces paroles hérétiques. Mais Arnaud de persister : « je vous répète que je l’ai entendu moi-même de la bouche de ce prêtre : pour «  un tougnol  » de pain et un tournois de vin, je serai libre et quitte. »

Malgré son abjuration en date du 2 juillet 1322, Arnaud Tisseyre fut condamné au mur perpétuel.

 

    Déposition de Pierre Maury à Jacques Fournier, évêque de Pamiers, inquisiteur, un certain 25 juin 1324. 

 

    Pierre Maury, âgé de 24 ans, pâtre compétent du village de Montaillou et fils du tisserand Raymond Maury, est venu à la foire de Laroque pour acheter des moutons. Arrivé la veille au soir, il est descendu chez son beau-frère  Bertrand Piquier, fustier, c’est à dire menuisier-charpentier, l’époux de sa jeune sœur Guillemette, âgée de 18 ans.

           En début de nuit, le jeune pâtre est réveillé par une violente querelle. Il faut dire que les époux s’entendent très mal. Lui est catholique invétéré, elle sympathisante cathare. Violent, il la rosse.

                     N’a-t-elle pas été amenée, peu de temps auparavant à faire une fugue hors du domicile conjugal ? Toujours est-il que Pierre Maury, qui adore sa sœur, n’en dort pas.

  Le 16 au matin, le premier jour de la foire, Pierre rencontre sur le foirail deux vieilles connaissances adeptes du catharisme : le parfait Philippe d’Alayrac et le croyant Bernard Bélibaste. Tous trois se rendent dans une taverne, où ils mangent du poisson grillé.

 Au bout de la table, Philippe d’Alayrac, tournant le dos aux autres clients, bénit le pain à la manière hérétique. Il le coupe avec son couteau en trois morceaux et en donne un à chacun des compagnons qui disent alors tout bas : « BENEDICITE, SENHOR » ; et l’hérétique de répondre : « QUE DIEU, VOUS  BENISSE ».

       Après le déjeuner, pour pouvoir parler librement, ils sortent par la porte d’aval et gagnent la grande prairie longeant le Touyre, en remontant la rivière. Ils s’assoient sur l’herbe. Là, Pierre confie à ses amis ses ennuis familiaux et leur demande leur avis : « Le mieux, dit le  parfait, serait d’enlever Guillemette à son mari avec lequel elle ne veut rester ni morte ni vive » et,  pour l’empêcher de mal tourner, dans une longue diatribe contre les mariages corporels de l’église romaine, « le bon mariage dit-il, est celui des bons chrétiens, entre l’âme et l’esprit. »

 

C’est alors qu’ils aperçoivent Guillemette, qui va faner dans un champ jouxtant la rivière. Ils se lèvent, la suivent mais tombent sur Bernard Maury. Ce dernier est l’oncle paternel de Pierre et de Guillemette, de Montaillou. Il les invite tous les trois pour le repas du  soir. Invitation que déclinent l’hérétique et Bernard Bélibaste. Pierre suit donc seul son oncle dans une maison située sur la place, de nos jours de la République, chez une proche parente de Bernard Maury, où ils mangent de la viande.

 

       Après le repas, Pierre s’empresse de revenir dans le pré où fane sa sœur, au bord du Touyre. Sur le chemin longeant la rivière, il tombe à nouveau sur le parfait Philippe d’Alayrac et sur Bernard Bélibaste. Désignant l’hérétique, Guillemette dit à Pierre : « Mon frère, tu feras ce que Monsieur dira. »

Mais comme le chemin est un peu trop fréquenté, ils laissent là Guillemette et reviennent dans la grande prairie où ils étaient déjà allés dans l’après-midi ; ils y seront plus tranquilles pour parler. Là, l’hérétique dit à Pierre :

« - Votre sœur est sous la tyrannie de son mari, votre devoir est de la remettre sur la bonne voie et d’élargir l’église de Dieu. Vous n’y manquerez pas parce que moi je vous le demande et l’impose sur votre âme. Je vous en supplie de la part de l’église. Par avance je vous absous de tous les péchés pouvant en découler. 

         -Je vous obéirai, je vous le promets, dit Pierre.

   -Demain vous l’enlèverez à son mari et la conduirez à Rabastens, poursuit l’hérétique, là, avec les frères Bélibaste, je la prendrai en charge. »

Comme un ultime sursaut de conscience, Pierre craint de commettre un péché en enlevant sa sœur à son mari. Le parfait  lui répète qu’il l’absout, que ce n’est pas un péché de remettre quelqu’un sur la bonne voie, que le croyant se doit d’offrir une planche de salut à l’autre, puis il se met à raconter une histoire :

« Il y avait une fois, près d’un ruisseau, deux croyants. L’un d’eux  assista alors à une scène étrange. Il vit sortir de la bouche du dormeur une chose étrange, une sorte de « sinsole »,  de lézard, qui, grâce à une planchette placée en travers du ruisseau, gagna l’autre rive. Là, se trouvait le crâne décharné d’un âne.

          Le lézard entrait et sortait par les trous de ce crâne puis, par dessus la planchette, regagnait la bouche du dormeur. Et le manège de se reproduire. Ce que voyant, le croyant resté éveillé usa d’un stratagème. Profitant de ce que le lézard se trouvait sur l’autre rive dans la tête de l’âne, il retira  la planchette afin de l’empêcher de revenir dans la bouche du dormeur.

Alors le corps de ce dernier se mit à s’agiter fortement mais sans se réveiller pour autant bien que l’autre croyant le secouât énergiquement.

        Celui-ci replaça la planchette et le lézard put enfin passer et pénétrer à nouveau dans la bouche du dormeur qui, s’éveillant aussitôt, dit à son compagnon : Ce que j’ai pu dormir ! 

        Et son compagnon de lui dire : Pendant votre sommeil, vous avez eu un grand trouble et vous vous êtes pas mal agité ; et l’autre de confirmer : J’ai fait un drôle de rêve : je traversai un ruisseau sur une planchette et de là entrai dans un grand palais avec beaucoup de tours et de chambres ; mais voilà quand je voulus regagner l’autre rive,  plus de planchette et donc impossible de traverser.

     Craignant de me noyer je me reculai instinctivement, fort troublé. Aussi quel soulagement  quand je vis la planche replacée et que je pus enfin regagner l’autre rive.

Son compagnon raconta alors ce qu’il avait lui-même vu de ses propres yeux. Les deux croyants n’en finirent pas de s’émerveiller. Ils décidèrent alors d’aller trouver un bon chrétien, un parfait,  pour lui raconter leur aventure. Celui-ci leur donna une explication : L’âme, dit- il, reste à demeure dans le corps de l’homme jusqu’à la mort de celui-ci ; mais l’esprit, lui, entre et sort du corps humain à la façon du lézard qui sortait de la bouche du dormeur  pour entrer dans la tête de l’âne et revenait à son point de départ. Et de conclure : après avoir vu cela comment ne pas croire ! » 

Quelques phrases empruntées à Anne Breton peuvent faire sens et nous éclairer sur cette explication.

En ce monde, l’âme y « vieillit » selon l’expression biblique citée par les bons hommes. Prisonnière, en sommeil, mais inaltérable dans le temps, elle est par le temps contrainte, mécaniquement, à endosser une nouvelle tunique charnelle, comme un manteau neuf, chaque fois que le précédent est usagé.

C’est le trait de lumière divine, le souffle de l’Esprit qui vient baigner l’âme pour la rendre au Bien.

Le monde ne finira que lorsque tous les esprits créés par le Père saint auront été incorporés dans les corps d’hommes ou de femmes de notre foi.

 

L’œuvre de Dieu est avant tout de nature spirituelle. Tout ce qui touche l’imagination, la pensée, les songes s’opèrent par l’esprit qui, lui, peut quitter le corps alors que l’âme y reste tant que l’homme vit. Ces esprits sont, en ce monde, l’unique trace de création divine d’après Jean Duvernois.

Toutefois, René Nelli comme Jean Duvernois prennent soin de nous rappeler une évolution de la doctrine cathare, le catharisme des derniers temps était venu à confondre l’âme et l’esprit comme les catholiques.

 

Pierre Maury est le plus prolixe devant l’inquisiteur : sa déposition fait une centaine de pages.

 

Sur-ce, les trois amis reviennent à la foire. Pierre Maury et Bernard Bélibaste achètent du congre et une « oule » neuve donc non souillée  par la graisse animale.  Pour faire cuire le congre, on retourne à la taverne où l’on couchera cette nuit là, l’hérétique et Bernard  Bélibaste dans un lit, Pierre et un inconnu dans un autre. A cette époque, faute de place, c’était chose courante.

Mais laissons parler Pierre Maury : « A la taverne l’hôtesse faisait cuire du congre dans une marmite et comme nous voulions cuire la nôtre, à part, dans l’oule neuve, elle nous dit : A quoi bon faire tant de frais ? Nous allons tout cuire ensemble. Et Bernard de lui répondre illico : Ne vous inquiétez pas de la dépense, vous serez bien payée  pour votre feu. Elle nous donna un couvercle de marmite que Bernard frotta énergiquement avec de la cendre de crainte qu’il n’y adhérât quelque trace de graisse. Et  comme il y avait plusieurs marmites sur le feu, et bien la nôtre fut couverte, de crainte qu’un peu de sauvage bouillon de viande n’entrât dans notre oule.

Ni Bernard ni moi, jusqu’à ce que le poisson fût cuit, ne bougèrent de là. Pendant ce temps l’hérétique dormait.

Quand vint le moment de passer à table, afin de ne pas être reconnus, l’hérétique nous dit, à Bernard et à moi : Achetez des œufs  pour deux tournois petits et placez-les devant vous sur la table.

Lorsque Bernard eut préparé pour l’hérétique une assiette de poisson et de bouillon et eût enlevé le poisson de l’oule, nous y cassâmes les œufs et les mangeâmes avec le poisson. L’hérétique lui ne mangea pas d’œufs … A la fin,  Pierre et Bernard réglèrent la dépense qui se montait à quatre sols tournois ; puis tous trois retournèrent au champ de foire,  près de la porte d’Amont, afin d’y rencontrer quelques autres hérétiques ou croyants. »

Et cette nuit là, confessera Pierre Maury, il ne se passera rien d’autre qui relève de l’hérésie, parce que le lieu  ne s’y prêtait guère.

Le lendemain matin, l’hérétique me dit : « Pierre, si nous ne nous revoyons pas, rappelez- vous bien ce que nous avons dit, faites ce que vous avez promis. En attendant, allez faire vos affaires en foire puis revenez ici. Si nous n‘y sommes plus, peut-être nous trouverez-vous sur le marché ; dans la négative, mettez-vous en route ! »

 Pierre va donc sur le foirail, acheter six moutons, qu’il confie pour les mener à Montaillou à des habitants de ce village qui ont amené des brebis. Après quoi, il retourne à la taverne, puis au marché, mais n’y trouve ni l’hérétique, ni Bernard. Sans doute ont-ils rencontré quelque hérétique ou croyant avec lequel ils sont partis !

Il se rend donc chez sa sœur Guillemette qui le retient à déjeuner. Il y mange en présence d’un jeune frère et de la belle-mère de sa sœur.

Après le déjeuner, il dit en aparté à sa sœur : « Je reviendrai te chercher dans trois jours. Tiens-toi prête pour le départ, puisque tu es décidée à quitter ton mari, comme le parfait l’a ordonné ! »

Pierre regagne Montaillou  avec Guillaume Clergue, frère du curé de ce village et deux autres compatriotes mais en chemin il ne sera pas question d’hérésie.

Le lendemain matin de son arrivée à Montaillou, Pierre Maury revient seul à Laroque d’Olmes, retrouver sa sœur, comme convenu, au champ, près de la rivière Touyre. Il mange avec elle du pain et du fromage qu’il l’avait priée de lui acheter car il avait faim. Il lui dit alors : « Maintenant regagne ta maison ; je t’attendrai en pleine nuit, près de la croix qui est en contrebas de la ville, à côté du cimetière. »

Elle arriva, portant avec elle ses habits nuptiaux et un drap de lin. Ils allèrent cette nuit là jusqu’à Mirepoix ; de là, ils gagnèrent Caraman et enfin Rabastens où ils arrivèrent le vendredi 23 juin, veille de la fête de Saint-Jean-Baptiste. Ils reçurent l’hospitalité dans une maison à côté de l’église. Le lendemain ils retrouvèrent les frères Bélibaste auxquels il  confia sa sœur. Ces derniers étaient déjà fugitifs pour cause d’hérésie …Enfin Pierre s’en retourna  pour s’occuper des moutons de son maître car par ailleurs la saison des fromages approchait.

 

Epilogue

Pierre Maury  ne devait plus revoir sa sœur Guillemette devenue, d’après  Guillaume Bélibaste,  frère de Bernard, une « bonne croyante,»  quoique querelleuse et qu’il lui arrivât de répondre mal.

Capturée bientôt par l’Inquisition avec un autre hérétique Pierre Authié, elle sera  conduite au mur de Toulouse (à la prison) et remise au juge du tribunal de l’Inquisition de Carcassonne.

Mise en cause de plusieurs habitants de Laroque par Guillemette Clergue, épouse de Pierre Clergue de Montaillou. (Une autre Guillemette.)

Elle est dénoncée le 19 juin 1320, par le curé de Dalou. Après avoir donné des détails sur son oncle Prades Tavernier, tisserand de Prades d’Allion, devenu parfait, après une fugue en Catalogne avec Stéphanie de Château-Verdun et Guillaume Clergue, Guillaumette parle de sa belle sœur Alazaïz Roussel, née Clergue, qui à l’époque des faits incriminés habitait à Laroque d’Olmes.  Les évènements datent de quarante ans, aux environs de 1280.  Voici le nom des Laroquais cités : Guilhem Aguihan, Guilhem Bertrand, Pons Gary, Bernard Maury, Bertrand Piquier, Fusti, Alazaïz Roussel née Clergue, Raimond Roussel et Raimond du Vernet.

Guillemette Clergue abjurera le 18 juillet 1321 et sera condamnée aux croix doubles.

 

Quant à Pierre Maury, pâtre de Montaillou, congédié de son emploi à son retour de la foire à Laroque par son maître Barthélémy Maurel, il retrouvera un emploi de pâtre chez les André où il passera trois années avant de s’enfuir à Puigcerdá puis à San Matéo, province de Tarragone en Espagne.  Il épousera la compagne de l’hérétique Guillaume Bélibaste et sera trahi par la déposition d’Arnaud Sicre. Arrêté par l’Inquisition d’Aragon, il sera transporté à Pamiers où l’on l’interrogera à partir du 8 juillet 1323. Il sera absout de la sentence d’excommunication et condamné, le 12 août 1324, au mur.

 

Beaucoup de Parfaits ou croyants comme Guillemette fuirent un moment en Catalogne où ils fondèrent de petites communautés. Guillemette fut aidée dans sa fuite par les frères Bernard et Guillaume Bélibaste et le pâtre Pierre Maury qui connaissait la montagne comme sa poche. Intéressons- nous un moment au dernier parfait Guillaume Bélibaste.

Le dernier parfait « imparfait. »

 Le dernier parfait actif que l’on connaisse est Guillaume Bélibaste. Il aurait pu passer une vie paisible dans son village natal de Cubières, au pied du pic de Bugarach mais vers 1305-1306, au cours d’une rixe, il tua un berger de Villerouge de Thermenès. Pour sauver sa peau, il abandonna sa famille et entra en clandestinité auprès des parfaits cathares. Il fut initié et ordonné « parfait » dans le Tarn à Rabastens  par le parfait Philippe d’Alayrac.  Ils furent arrêtés et enfermés dans la sinistre prison de Carcassonne : le « mur. »  Ils s’échappèrent en 1309 et se réfugièrent en Catalogne  à San Matéo où ils retrouvèrent Pierre Maury.

Pour donner le change aux catholiques, il fit croire qu’il était marié à Raymonde Marti qui tomba enceinte en 1320. Pour donner le change aux cathares cette fois, car il avait rompu le vœu de chasteté, il la maria à son ami Pierre Maury qui endossa la paternité.

Il prit au sérieux son rôle de pasteur et rencontra Arnaud Sicre qui sous prétexte de religion, n’était là que pour gagner sa confiance, le faire arrêter et récupérer ses biens confisqués par l’Inquisition.

Guillaume Bélibaste se laissa convaincre de rentrer au pays mais il fut arrêté dans le diocèse d’Urgel, conduit  et emprisonné à Castelbon, jugé à Carcassonne et brûlé le 24 août 1321 dans le château de Villerouge Thermenès, résidence de l’évêque.

Une nouvelle carte ecclésiastique

L’action de l’église face à l’hérésie ne s’est pas limitée à la répression.

Le retour à la foi dépendait de deux composantes : l’action exemplaire des ordres mendiants  et la restructuration de l’autorité épiscopale.

A Mirepoix, les Franciscains autrement appelés Frères Mineurs, à l’initiative de Gui II, s’installèrent dès 1272  dans le couvent des Cordeliers, situé sur la rive droite de l’Hers.

Une abbaye de femmes Notre-Dame de Beaulieu affiliée à l’ordre de Cîteaux apparut en 1300.

En 1316, ce fut le couvent des Trinitaires, ordre chargé du rachat  ou mieux de l’échange des captifs des deux côtés de la Méditerranée, soit d’esclaves musulmans, soit de chrétiens capturés par les sarrasins.

Pour renforcer l’orthodoxie, un nouvel évêché fut créé à Mirepoix en 1318, il comptait 150 paroisses. Jacques Fournier en devint l’éphémère évêque en 1328,  puisque l’année suivante, il fut nommé cardinal et quitta son diocèse pour Avignon. Ce sera un grand bâtisseur du palais des Papes notamment du «  palais vieux » qu’il construisit avec l’aide de son architecte mirapicien Pierre Poisson.

Ces constructions nouvelles témoignent  à la fois d’un élan de foi et d’une embellie économique.

Des évènements surnaturels :

On passe d’un monde où l’on s’interroge sur l’existence de miracles contemporains à un monde où le miracle est non seulement possible mais encore unanimement accepté et reconnu.

Le miracle est le surgissement inopiné du divin dans le monde des hommes.

                   LES  ORIGINES  DE  NOTRE-DAME  DU  PONT.

Aux alentours de 1341.     

  Légende de l’oratoire :

        « Un berger venait faire paître ici ses troupeaux. Miraculeusement guidé par l’une de ses bêtes, il avait découvert en terre une statue de Notre-Dame et la Sainte-Marie voulut y être priée, y revenant trois fois, quittant l’église Saint-Martin sise dans le cimetière où le recteur ou curé la ramenait processionnellement.

Depuis ce temps, nul ne passe auprès de l’eau miraculeuse, sans s’arrêter un peu, sans se mettre à genoux, sans se signer au moins une fois, en l’honneur de Sainte-Marie. »

 

                                            Légende de la chapelle Notre-Dame.

«  Par un beau matin d’été, dame Avelande, la jeune châtelaine de Lévis-Léran, s’en était allée de bonne heure, sur sa blanche mule, suivie de son gentil page monté sur son palefroi. Elle avait suivi le sentier plein de verdure qui remonte le cours du Touyre. Elle avait marché doucement, laissant son âme à la joyeuse rêverie discrètement chantée par les eaux murmurantes et mollement  rythmées par les pas cadencés de la douce monture.

Encore quelques pas et la châtelaine aura franchi le pont qui relie les vallées de Lieurac et d’Aigues-Vives à la vieille ville de Laroque.

Elle était prête à  passer devant la source et s’avançait doucement, laissant couler son rêve avec l’eau murmurante, inconsciente du présent, oublieuse de ses devoirs.

Peut- être Satan soufflait-il la paresse au fond de son âme ? Peut-être le démon moqueur susurrait-il à son oreille des paroles impies? A quoi songeait  Dame Avelande et quel put être son pêché ?

Soudain Dame Avelande allait être noyée. « Sainte-Marie, grâce ! s’écria-t-elle, sauvez- moi de la mort, redonnez moi la vie et je vous promets, par la croix, de vous construire ici une chapelle. Sainte-Marie, prenez  moi en pitié et faites moi merci ! ».

Ainsi, pria la châtelaine, cependant que le beau page, après s’être signé avec l’eau de la source, courait pour  lui porter secours. Par vertu de Sainte-Marie, la châtelaine fut sauvée. C’est pour cette Dame que fut construite la chapelle conformément à la promesse. Elle porte aujourd’hui le nom de Notre-Dame du Pont. »

  Il n’existe pas  dans la lignée de Lévis-Léran de châtelaine prénommée Avelande.

 Mais, ce qui ne relève pas de la légende, c’est que  de bonne heure, «  Notre-Dame del Pount, »  comme la désignaient nos ancêtres  dans leurs libéralités testamentaires, devint un lieu de pèlerinage très fréquenté.                 

Le 8 septembre, on y venait de tout le Pays d’Olmes bien sûr,  mais aussi de tous les points de la région.

Les seigneurs de Lévis ne manqueront pas d’y venir jusqu’au XX°  siècle, à l’exception des Lévis-Léran pendant les guerres de religion.

La chapelle ne pouvait contenir qu’une infime partie des pèlerins, nombre de ceux-ci restaient sur le parvis, à l’ombre des ormeaux puis des platanes séculaires.

 

 

 

 

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